À Milan, le café ne se boit pas, il se pratique. Debout au comptoir, en trois gorgées, avec ce petit rituel que l'on n'explique à personne. Le Portrait Milano en a fait une promenade, du torréfacteur des années 1950 jusqu'au tiramisu du chef, et l'on s'y laisse guider les yeux mi-clos.
INSPIRATION
Il y a des villes qui se visitent le nez en l'air, et d'autres que l'on comprend d'abord au comptoir. Milan appartient aux deux. Le matin, quand la lumière glisse sur les façades ocre du Quadrilatero, l'odeur du café sort des bars avant même les rideaux de fer. C'est ce fil-là que tire le Portrait Milano avec sa nouvelle expérience Italian Coffee Lovers : une journée entière consacrée à un geste que les Italiens accomplissent sans y penser… et que nous, fidèles lecteurs, aimerions tant apprendre à faire avec grâce.
L'INVITÉ·E
Le Portrait Milano, c'est d'abord un lieu qui nous avait déjà séduites : l'ancien Séminaire archiépiscopal du XVIe siècle, restauré par Michele De Lucchi, où la colonnade du XVIIe encadre une piazza de plus de 2 800 m² ouverte sur la ville. On y traverse, du Corso Venezia à la Via Sant'Andrea, comme on traverserait un cloître devenu salon. Les intérieurs signés Michele Bönan ont ce chic résidentiel qui fait qu'on pose son sac sans se sentir en visite. Membre de la Lungarno Collection, la maison de la famille Ferragamo, l'adresse cultive une hospitalité très italienne : attentive au lieu, à son histoire, et à ces expériences qui font voir une ville de biais.
LE PARCOURS
Tout commence dans une maison de torréfaction milanaise fondée dans les années 1950. Imaginez la chaleur du tambour, le grain qui craque, les mains qui savent. On y apprend ce qui se transmet de génération en génération et ne s'écrit jamais tout à fait. Puis l'on change d'époque : direction Porta Venezia, quartier éclectique s'il en est, pour un atelier consacré au café de spécialité, ce grain sélectionné et suivi avec soin à chaque étape, plus contemporain, plus précis, presque œnologique.
ET AILLEURS
C'est la partie de la promenade que je préfère, je l'avoue. Entre deux palais et des jardins qu'on devine derrière les grilles, on aperçoit les flamants roses de la Villa Invernizzi, roses pour de vrai, dans le gris doux de Milan. Un peu plus loin, le Palazzo Sola Busca tend son interphone en forme d'oreille : la tradition veut qu'on y confie un secret. Je ne vous dirai pas lequel j'y ai laissé.
VU !
La journée se referme sur une douceur : le tiramisu, dont le café est l'âme discrète. Le chef pâtissier du restaurant 10_11 et son équipe en livrent les secrets, et l'on repart rassurée : ce dessert-là, dans sa belle simplicité, se refait très bien à la maison. Reste à retrouver le geste.
L'ŒIL
Au petit déjeuner, le café arrive dans une moka Pulcina, la cafetière dessinée par Michele De Lucchi, celui-là même qui a veillé sur les murs de l'hôtel. Un objet familier, presque anonyme dans toutes les cuisines italiennes, relu avec des lignes contemporaines. On aime cette boucle : l'architecte du bâtiment est aussi celui de la première gorgée du matin.
CARTES POSTALES
Pour les vrais passionnés, l'échappée continue à Binasco, aux portes de la ville, au MUMAC, musée entièrement dédié à la machine à café professionnelle : plus d'un siècle de mécaniques, de chromes et d'esthétique, classés par époque. De quoi regarder son espresso autrement… et rentrer avec, dans la valise, un peu de cette manière milanaise d'habiter l'instant.
Thérèse & Marine