Il y a des objets qu'on regarde et d'autres qu'on écoute. La Grande Double Sonnerie de Blancpain appartient à la seconde famille, celle des montres qui parlent tout bas… Et voilà qu'elle vient d'être présélectionnée au Grand Prix d'Horlogerie de Genève 2026, dans la catégorie Exception Mécanique. L'occasion, pour nous, de tendre l'oreille.
INSPIRATION
Je n'ai jamais aimé les montres qui brillent. Celles qui parlent, en revanche… Le communiqué est arrivé un après-midi de septembre, lumière rasante sur le bureau, et j'ai d'abord cru à une simple relance de presse. Puis j'ai relu le nom : Grande Double Sonnerie. Deux mots qui sonnent déjà avant qu'on ait ouvert le boîtier.
L'INVITÉE
La Grande Double Sonnerie ref. 15GSQ, donc, retenue dans la présélection du GPHG 2026, catégorie Exception Mécanique. On ne détaillera pas ici la fiche technique – ce n'est pas notre affaire, et elle existe ailleurs. Ce qui nous intéresse, c'est l'idée : une montre conçue pour que l'heure se donne à entendre, comme le faisaient autrefois les clochers de village quand on n'avait pas encore de fenêtre sur le poignet.
Une grande sonnerie, c'est cela : le temps qui se manifeste de lui-même, sans qu'on le lui demande. Il passe, et il le dit. Il y a là quelque chose de très ancien, presque monastique, et de terriblement contemporain à l'heure des écrans muets.
ÉVOCATION
Je pense à une maison d'été, volets mi-clos, où une pendule de cheminée égrenait les quarts d'heure. Enfant, je la trouvais bavarde. Aujourd'hui, je donnerais beaucoup pour retrouver ce timbre-là, ce petit métal frappé qui traversait les pièces et rassemblait la sieste, le goûter, la lecture. La Grande Double Sonnerie ramasse ce souvenir dans un cercle de quelques centimètres. C'est une cheminée qu'on emporte.
L'ŒIL
Ce qui me plaît, dans ces montres à sonnerie, c'est l'invisible. Tout le luxe est caché : des marteaux, des timbres, un souffle mécanique qu'on ne verra jamais depuis la rue. À rebours de tant d'objets qui hurlent leur prix, celle-ci demande le silence pour exister. Il faut se pencher, retenir sa respiration, attendre le passage de l'heure. Un rituel de lenteur, en somme.
ET AILLEURS
De la Vallée de Joux, berceau de la maison Blancpain, jusqu'à Genève où se joue la présélection, il n'y a que quelques dizaines de kilomètres de sapins et de brume. Mais la géographie sonore est autre : elle relie cette montre aux carillons flamands, aux horloges astronomiques des cathédrales, à tous ces mécanismes qui ont appris aux villes à compter ensemble. Une petite cousine de poche, en quelque sorte.
VU !
Le détail qui nous a fait sourire, Marine et moi : le mot « double ». Comme si une sonnerie ne suffisait pas. Comme si la maison avait voulu que le temps se répète, insiste, prenne son temps pour le dire. On y lit une gourmandise d'horloger, une envie de complication pour la beauté du geste. Et franchement, on ne va pas la leur reprocher.
CARTES POSTALES
Nous ne saurons pas avant l'automne genevois si la Grande Double Sonnerie repartira avec un prix. Peu importe, au fond. Elle a déjà réussi ce que peu d'objets réussissent : nous faire fermer les yeux pour mieux voir l'heure. Si vous croisez ce genre de montre un jour, ne la regardez pas tout de suite. Écoutez d'abord.
Thérèse & Marine